Dans les îles africaines de l'océan Indien, un marché de la drogue en plein boom

Dans les îles africaines de l'océan Indien, un marché de la drogue en plein boom

Publié le 25 juin 2021

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Le trafic et la consommation de drogues augmentent et se diversifient dans les îles de l’océan Indien, notamment à Madagascar, aux Seychelles et à l’île Maurice. L’ONG Initiative mondiale contre le crime organisé transnational (Global Initiative) a enquêté et publie un rapport sur ces trafics de drogues et leur évolution ces dernières années dans cette partie du monde. 

Principal enseignement de cette enquête : la zone est devenue une plaque tournante et la consommation sur place augmente. En dehors du cannabis, le principal marché de la drogue et le plus ancien aussi, dans les îles, est l’héroïne. Elle transite par ce qu’on appelle « la Route du Sud » : de l’Afghanistan où elle est produite, elle chemine ensuite par la mer le long de la côte africaine ou alors directement jusqu’aux Seychelles et Madagascar. Par avion souvent, elle peut s’envoler ensuite vers l’Europe.

Mais surtout, la consommation locale est importante : à Maurice depuis les années 1970 et aux Seychelles depuis le début des années 2000. L’archipel connu pour ses eaux turquoise possède un plus fort taux de consommation d’héroïne au monde.

Vient ensuite le marché de la cocaïne, bien moins important. La poudre blanche est importée directement par avion d’Amérique latine jusque dans les pays du sud de l’Afrique ou directement à Madagascar. Le cannabis, lui, est cultivé localement. Madagascar est un gros producteur qui exporte ensuite vers les autres îles.

Mais ce que montre l’étude de Global Initiative, c’est non seulement une augmentation du trafic et de la consommation locale, mais aussi une diversification des drogues qui circulent dans la zone. Depuis quelques années, le marché du cannabis de synthèse explose en particulier à Maurice, Mayotte et aux Comores. Les précurseurs de cette drogue sont achetés sur internet en Chine et souvent importés par la poste.

La méthamphétamine aussi a fait une apparition récente. Produite en Afghanistan, elle prend « la Route du Sud » comme l’héroïne. Pour l’ONG, c’est une tendance à surveiller, car sur le continent africain, la hausse de la consommation de méthamphétamine ces dernières années « a fait beaucoup de mal aux communautés ».

Global initiative appelle donc à une prise de conscience sur l’ampleur de ces trafics qui ont des répercussions dans toutes les couches de la société et au sein de l’État.

Madagascar, une plaque tournante favorisée par la corruption et les soutiens hauts placés

La Grande Île est devenue ces dernières années une véritable plaque tournante où les drogues sont reconditionnées et redistribuées vers toutes les îles et les pays proches du continent. Et parallèlement, la consommation a explosé ces cinq dernières années, comme l’explique Lucia Bird, analyste et auteure principale du rapport publié par Global Initiative.

Pourquoi Madagascar occupe une place pivot dans ce marché des drogues ?

L’émergence de Madagascar comme la principale plaque tournante est largement ignoré et passe inaperçu. L’île est vulnérable à cause de plusieurs facteurs. D’abord, sa position géographique, proche du continent. Et comme certains lieux de débarquement des drogues de la Route du Sud ont été repoussés, Madagascar est une alternative pratique. L’île est grande, difficile à contrôler, la côte est très poreuse et la gouvernance a des faiblesses. Tout cela fait que Madagascar est commodément utilisée comme base pour les trafics. Surtout que la très grande demande d’héroïne aux Seychelles et à Maurice a aussi encouragé ce marché inter-îles.

Sait-on qui est impliqué dans ces trafics ?

À Madagascar, Maurice et aux Seychelles, ce sont des marchés illicites significatifs. Il y a un degré d’organisation important. À Madagascar, on estime que le marché est contrôlé par un petit nombre de gros trafiquants pour ce qui est de l’héroïne, de la cocaïne et des méthamphétamines. Des sources au sein des services de renseignement malgaches suggèrent que ces gros bonnets pourraient être seulement cinq et qu’ils ne sont pas de nationalité malgache mais qu’ils viennent du continent africain. C’est différent de la situation des autres îles où les marchés sont contrôlés par des locaux.

Mais un des points importants, quand on a enquêté sur les personnes impliquées, c’est que l’augmentation de ces trafics a été rendue possible par une corruption endémique et le soutien de personnes haut placées au sein des administrations d’État a encouragé cela.

Nous devons prendre toute la mesure de l’émergence rapide de Madagascar en tant plaque tournante majeure dans la région. Car cela a des conséquences pour le trafic de drogue de la zone, mais aussi pour Madagascar. Le nombre de consommateurs augmente et on devrait se pencher sur ce phénomène maintenant avant que le marché de la drogue ne devienne trop important.

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